Parmi les nombreuses nébuleuses visibles dans le ciel d’été, NGC 6888, surnommée la nébuleuse du Croissant, est certainement l’une des plus spectaculaires à photographier. Cette image a été réalisée depuis le Gîte Déimos, à Saint-Julien-d’Intres en Nord-Ardèche, à un peu plus de 1 000 mètres d’altitude. Pour photographier NGC 6888, j’ai utilisé des filtres à bande étroite qui isolent principalement les émissions de l’hydrogène et de l’oxygène ionisé. Cette technique permet de révéler des structures très faibles de la nébuleuse tout en réduisant fortement l’influence de la pollution lumineuse.

Une immense bulle cosmique dans la constellation du Cygne
NGC 6888 se trouve dans la constellation du Cygne, à environ 5 000 années-lumière de la Terre. Malgré son aspect délicat sur les photographies, la nébuleuse est immense : elle s’étend sur environ 25 années-lumière. La lumière elle-même mettrait donc près d’un quart de siècle pour la traverser. Au cœur de cette structure se trouve WR 136, une étoile extrêmement massive de type Wolf-Rayet. Arrivée à un stade avancé de son évolution, elle éjecte de grandes quantités de matière dans l’espace sous l’effet de vents stellaires particulièrement rapides. Ces vents rencontrent la matière expulsée par l’étoile au cours de phases antérieures de son existence. Cette collision comprime et chauffe le gaz, donnant naissance à l’immense enveloppe filamentaire que nous observons aujourd’hui.
Pourquoi photographier NGC 6888 en H-alpha et OIII ?
Pour cette image, j’ai utilisé deux filtres à bande étroite : H-alpha (Hα) et OIII. Ils permettent d’isoler la lumière émise par certains gaz de la nébuleuse. Le filtre H-alpha met principalement en évidence l’émission de l’hydrogène ionisé. Il révèle une grande partie des filaments qui dessinent la structure interne de NGC 6888. Le filtre OIII isole quant à lui l’émission de l’oxygène doublement ionisé. Sur NGC 6888, cette émission est particulièrement intéressante car elle révèle une enveloppe plus étendue autour de certaines parties de la nébuleuse. C’est notamment elle qui apparaît dans les teintes bleu-vert et cyan autour du Croissant sur cette image. L’utilisation de filtres à bande étroite présente également un avantage important : ils ne laissent passer qu’une portion très limitée du spectre lumineux. Ils permettent ainsi de réduire fortement l’influence de nombreuses sources de pollution lumineuse et d’augmenter le contraste des émissions H-alpha et OIII.
Une image en fausses couleurs HOO
Les couleurs visibles sur cette photographie ne correspondent pas exactement à ce que verrait l’œil humain à travers un télescope. Il s’agit d’une composition en fausses couleurs appelée HOO. Dans cette technique d’astrophotographie, le signal H-alpha est utilisé pour constituer principalement le canal rouge, tandis que le signal OIII contribue aux canaux vert et bleu. Le traitement permet ensuite d’ajuster l’équilibre des couleurs afin de mieux différencier les différentes structures gazeuses. Sur mon image, j’ai volontairement choisi une interprétation dans laquelle les structures riches en H-alpha prennent des nuances dorées et cuivrées, tandis que l’OIII apparaît davantage en cyan et bleu-vert. Cette palette permet notamment de faire ressortir la fine enveloppe extérieure de NGC 6888 ainsi que la zone très lumineuse située sur le bord du Croissant, que j’ai volontairement conservée lors du traitement. Pour mieux comprendre pourquoi les nébuleuses émettent certaines couleurs et ce que représentent notamment les émissions H-alpha, j’explique plus en détail ces phénomènes dans mon article « Le rouge secret des nébuleuses et du Soleil ».
Photographier le ciel depuis le Nord-Ardèche
Cette photographie de NGC 6888 a été réalisée depuis Saint-Julien-d’Intres, en Nord-Ardèche, à un peu plus de 1 000 mètres d’altitude. L’astrophotographie à bande étroite permet de travailler même lorsque les conditions ne sont pas parfaitement exemptes de pollution lumineuse. Un environnement rural reste néanmoins intéressant pour l’astronomie : il facilite l’observation visuelle du ciel et permet également de pratiquer l’imagerie à large bande dans de bonnes conditions. C’est aussi l’une des raisons pour lesquelles l’astronomie occupe une place particulière au Gîte Déimos : observation du ciel, découverte des constellations et astrophotographie permettent d’aborder le ciel nocturne de différentes manières.








